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Rallye de Monte Carlo 1953

1953 est l'année du record de participations au rallye de Monte-Carlo avec 440 engagés et 404 partants. Le nombre des participants s'explique en partie du fait d'une édition 1952 particulièrement éprouvante qui avait marqué les esprits. A noter que le nombre d'engagés est limité par un nombre maximum établi par nationalité. Heureusement, car il y a près de 1000 demandes!

Plus grand nombre de participants signifie plus grand nombre de classés (356).

Autre particularité de cette édition: des conditions particulièrement clémentes sur l'ensemble du parcours de concentration, dont je vous donne ici le détail:

  • Lisbonne: 112 voitures
  • Glasgow: 103
  • Stockholm: 42
  • Oslo: 15
  • Palerne:11
  • Monte Carlo: 84
  • Munich: 37

Mais 1953 ne restera pas comme une des meilleures éditions du Monte Carl'. Le rallye fut malheureusement marqué par plusieurs accidents assez graves, dont un mortel. Comme souvent, les accidents sont plus nombreux quand les conditions météorologiques sont clémentes, car les pilotes baissent leur vigilance. Le parcours n'était que peu sélectif, et c'est ainsi que 253 équipages arrivèrent à Monaco sans la moindre pénalité, autant dire ex-aequo! Eh oui, à cette époque, il n'y avait qu'un parcours de concentration, et aucune épreuve spéciale comme aujourd'hui! Le règlement changeant assez régulièrement, il n'avait non plus rien à voir avec les premières éditions. Il fallait réaliser le parcours suivant des temps impartis. Si vous étiez hors horaire (en avance ou en retard), vous aviez des points de pénalisation. En raison des conditions météorologiques particulièrement clémentes, mais aussi de la suppression des points de contrôles cachés, 253 équipages réussissent à terminer la concentration sans la moindre pénalité, d'où notre nombre impressionnant d'ex-aequo.

Alors, comment établir un classement avec 253 (gasp!) ex-aequo me direz-vous? Tout simplement en les départageant avec deux épreuves supplémentaires au parcours de concentration: une épreuve d'accélération/freinage, et une autre de régularité.

L'accélération/freinage se réalise sur 250m. Le pilote, passé un repère (et pas avant) doit stopper le plus rapidement son véhicule. Les 100 meilleurs pouvaient passer à l'épreuve suivante...

L'épreuve de régularité consiste à effectuer un parcours de plusieurs kilomètres à une vitesse moyenne fixée par le jury. Cette épreuve se dispute dans le col du Braus, est longue de 74,350 km et doit être parcourue à la vitesse de 47 km/h.

A ce petit jeu, Gatsonides sur Ford Zephyr tire son épingle du jeu et remporte cette édition du Monte Carlo.

Classement général :

  1. Gatsonidès-Worledge (Ford Zephyr) Monte-Carlo: 2 pts
  2. Appleyard et Mme (Jaguar MkVII) Glasgow: 3 pts
  3. Marion-Charmasson (Citroën 15/6) Monte-Carlo: 3 pts
  4. Grosgogeat-Biagini (Panhard Dyna) Lisbonne: 4 pts
  5. Vard-Jolley (Jaguar MkV) Monte-Carlo: 5 pts

Il n'y a que peu de choses à retenir de cette édition, mais j'ai tout de même quelques anecdotes intéressantes:

  • Les Porsche furent particulièrement visées par les officiels: en effet, plusieurs de ces voitures ne passèrent pas les vérifications techniques pour une sombre histoire de hauteur de caisse: selon la fiche du constructeur, la hauteur de celles-ci devaient être de 88cm, et elles furent mesurées à... 91 cm. Les organisateurs ne tolérant qu'un petit centimètre d'écart, elles furent donc exclues du rallye pour 2 malheureux centimètres. Cette affaire fit grand bruit, et une fois de plus, l'organisation se mit à dos une partie de la presse.

  • Face au côté tatillon des officiels, le futur vainqueur Gatsonidès avouera plus tard s'être amusé (!) à changer son moteur sur le parcours, histoire de juger de leur perspicacité. Les commissaires n'y auraient vu que du feu.

  • Pour lutter efficacement contre le verglas, l'équipage Maurel-Juillard a inventé un système d'entonnoir, qui déverse sur commande un sable fin déshydraté grâce à deux gros tuyaux placés devant les roues motrices.

Cette édition, au contraire de la précédente, qui s'était jouée dans des conditions autrement plus dantesques fut loin d'être palpitante. L'intérêt fut assez limité. Et le rallye fut sévèrement critiqué par la presse spécialisée. Il est vrai qu'il dépendait trop des conditions climatiques hivernales. Et départager les concurrent après 3300km du parcours de concentrations par des épreuves dignes d'une loterie n'était pas spécialement apprécié. A noter qu'Anthony Noghès, qui avait participé à l'organisation du rallye dès la première édition de 1911 et qui le dirigeait depuis 1924, venait d'être remplacé par Jacques Taffes. Face aux critiques, celui-ci retiendra la leçon et modifiera le règlement du rallye afin de le rendre plus sélectif et éviter qu'un trop grand nombre d'équipages arrivent à Monaco sans pénalité... Cela nous emmène vers l'édition 1954, et la première victoire d'une Lancia au Monte-Carlo mais ceci est une autre histoire…


Article écrit par Philippe CALLAIS (2002) et publié avec son aimable autorisation.
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Sources :
* Jean-François Jacob, "Monte-Carlo, 60 ans de rallyes", éditions Robert Laffont, 1973
* Maurice Louche, "Le rallye de Monte-Carlo au XXe siècle", éditions Maurice Louche, 2001