Accueil

Histoire du Turini

2005 : Qu'est devenu le Turini ?

42 ans qu'il est l'une des plus célèbres spéciales du Monte Carlo et qu'il voit passer les plus grandes légendes du rallye - mettant à chaque fois sur leur route multitude d'obstacles -, le Turini est devenu un mythe du Championnat du monde. Sous la neige, de nuit, dans le froid, cette spéciale a été courue dans les pires conditions. Joie et désespoir, triomphe et échec, les pilotes qui l'ont gravi ont tout connu, et c'est ainsi qu'est née cette légende. Aujourd'hui, le Turini a perdu de sa beauté il est vrai, en partie à cause de la disparition de la "Nuit du Turini", pour la dernière fois au programme de l'épreuve monégasque en 1997, mais il n'empêche que Sospel-La Bollène reste un tracé redouté par beaucoup de pilotes, où chaque virage est un piège, chaque épingle une appréhension et chaque kilomètre passé un soulagement. C'est là que certains sont devenus des héros et que d'autres ont tout perdu. Un virage mal négocié, une plaque de neige en sortie de virage, un tunnel trop vite arrivé, le Turini a pris dans ses filets nombre de victimes et il en sera ainsi pendant encore sûrement longtemps. Revivez ici le fabuleux destin d'une spéciale hors normes qui en 42 années d'émotion et d'adrénaline s'est attiré une popularité mais aussi et surtout un grand respect.

1962, le Rallye de Monte Carlo change de formule : les classements établis sur la moyenne, le confort et la régularité laissent place aux spéciales chronométrés, et le Turini, déjà au programme du rallye, écrit les premières lignes de sa belle histoire.

En 1965, la spéciale sur le circuit du Grand Prix de Monaco disparaît et est remplacée par une nuit entière de rallye sur les routes étroites et sinueuses de l'arrière pays, la "Nuit du Turini" est née. Ce sont 6 spéciales qui attendent les concurrents, dont 3 passages au sommet du Turini. Timo Makinen en remportera 5, dont tous les passages du Turini. Il est le premier héros de cette illustre spéciale. C'est aussi le début du règne des Mini, qui vont dominer le rallye jusqu'à ce que les Alpine, Lancia Fulvia et Porsche viennent leur voler la vedette.

Puis arrive 1968 et le premier drame du Turini. Lorsque les pilotes s'élancent pour la dernière nuit, les Alpine sont en tête et la route est sèche, tout le monde est serein dans le camp français. Mais des spectateurs malintentionnés ou avides de plus de spectacle ont jeté de la neige à la sortie d'un virage sans visibilité. Il n'en faut pas plus pour enlever tout espoir à Gérard Larrousse qui glisse et heurte violemment un rocher. Les fautifs auront beau aller se dénoncer le lendemain, le mal est fait, Larrousse a perdu le rallye et le Turini obtient une mauvaise réputation qui ne le quittera plus. Dès cet évènement, l'œil porté sur le Turini ne sera plus jamais le même et cette spéciale deviendra un enfer pour beaucoup de pilotes. L'enjeu aussi s'en voit accru et ce monument de la dernière nuit sera souvent le lieu de luttes intenses entre les pilotes de tête.

En 1973, la bataille fait rage entre Andruet et Andersson. Le suédois grignote au fil des kilomètres l'avance qu'a le pilote français, et mène à son paroxysme la tension et le suspense de cette ultime nuit. C'est sur des chapeaux de roue qu'Andersson débute cette "Nuit du Turini" en pulvérisant le record du col de la Madone de 40 secondes. La pression est énorme sur les épaules d'Andruet qui voit dangereusement revenir son adversaire. Puis il y a la quatrième spéciale de ce parcours complémentaire, la deuxième ascension du Turini : le pilote de l'Alpine crève et offre la première place à Andersson. Ce sont 2min25 qui s'envolent et qui le font rétrograder à la troisième place, 1min05 derrière le nouveau leader. Le moral est au plus bas pour le français mais il ne se résigne pas pour autant à l'abandon, grandement motivé par sa fidèle co-pilote "Biche". Heureusement, la chance est avec lui dans le chrono suivant : Andersson tape et crève à son tour, laissant filer 40 secondes. Andruet, plus motivé que jamais, saisit l'occasion et sort la grande attaque dans la dernière spéciale pour remonter les 20 secondes à combler. Andersson est prêt à rééditer sa performance du début de soirée dans La Madone, ce qu'il fait à merveille, mais Andruet est sur une autre planète et fait 22 secondes de mieux que le suédois, la victoire est en poche et le Turini rentre dans les anales de ce sport. Quelle meilleure manière pour ouvrir le Championnat du monde qui débute cette même année ?!

Six années plus tard, pour le premier championnat du monde des pilotes, le Turini fait à nouveau parler de lui, pour un scandale qui restera longtemps gravé dans les mémoires : Waldegård aborde la dernière nuit très sereinement, 6 minutes devant Darniche, mais il rencontre deux grosses pierres disposées sur le Turini par des spectateurs autant stupides qu'inconscients. Résultat : Darniche signe un temps phénoménal et remporte le rallye 6 secondes devant le suédois.

Les années passent et le Turini continue à sacrer des champions. Rohrl, Blomqvist, Toivonen, Andruet, Mouton, Darniche, Biasion, Auriol, Sainz, tous s'y sont imposé. Mais bizarrement, les années passent et aucun incident majeur se produit sur les routes du col. Il faut attendre 1991, car comme un volcan le Turini ne dort jamais longtemps. Cette année, un tout jeune pilote impressionne en s'emparant de la tête aux dépens de Sainz, déjà double champion du monde, il s'appelle Delecour et pilote une Ford Sierra. Les spéciales s'enchaînent et le français tient fermement la tête… jusqu'à ce que le Turini arrive. Trois passages sont au programme cette année, le premier est passé sans encombre, le deuxième aussi et la victoire se profile, mais l'inconcevable se produit dans le troisième : Delecour est attendu par tout le monde à l'arrivée lorsqu'on apprend que le pilote Ford arrive au ralenti. La voiture arrive enfin et son pilote sort en pleurant, ne comprenant pas comment l'une de ses roues ait pu partir sans qu'il n'ait rien touché. Réconforté à l'arrivée par Saby, il se vengera en 1994 en s'imposant, un an après l'étrange affaire Toyota de 1993 où les Celica signèrent des temps surnaturels : dans le Turini, elles reprennent une seconde au kilomètre sur la Ford ! Cela fera couler beaucoup d'encre et Toyota sera accusé (justement ou pas, on se saura jamais) de tricherie, ce que se vérifia en 1996 lorsque le team fut exclu du championnat.

1997 est une date importante dans l'histoire de cette spéciale puisque c'est cette année que fut parcourue pour la dernière fois la "Nuit du Turini". Le Turini sera encore couru de nuit jusqu'en 2002 mais ce ne sera plus dans le cadre de ce parcours complémentaire de la dernière nuit.

Quelques sorties de route et rebondissements marqueront les années qui suivirent, où l'on vit Colin McRae sortir en 2001 et Marko Märtin taper en 2003 laissant les trois Citroën Xsara signer un mémorable triplé, mais rien de tel que ce évoqué plus haut.

Il faut attendre 2005 pour revivre un nouveau drame sur le Turini. Lors du premier passage sur la spéciale, les routes sont presque sèches, seuls les abords du col sont enneigés, et tous les pilotes s'élancent avec des pneus racing. L'ascension du côté de La Bollène se fait sans encombre, la descente est ravageuse : 3 pilotes glissent sur une plaque de neige 500m après le Col de Turini : Solberg est le premier, il arrive vite sur ce léger tournant vers la droite, tape un muret de neige à l'intérieur et ne peut freiner sur cette plaque, il finit dans la rambarde de sécurité, une roue en moins, abandon ; derrière lui, Marcus Grönholm se fait également piéger, il négocie mal le virage, part en glisse sur cette même plaque de neige et perd aussi une roue, il n'abandonne pas, finit la spéciale sur trois roues mais concède plus de 5 minutes ainsi que sa deuxième place au général, il finira le rallye au cinquième rang ; enfin, c'est Cecchettini, un pilote junior, qui est la troisième victime de ce virage maudit. Il ne fallut pas longtemps pour que la polémique naisse et vite les spectateurs ayant jeté cette neige sur la route (décidément, cela semble être une tradition) ont été montré du droit, à juste titre c'est vrai, mais il ne faut pas non plus s'empressé d'oublier que les pilotes aussi ont leur part de responsabilité puisqu'étant arrivés trop vite et n'ayant pas forcément écouté attentivement les notes de leur copilote ("extra slippy ice" figurait sur celles de Mills, le copilote de Solberg). La preuve en est que Loeb, en grand champion qu'il est, est arrivé à 30km/h à cet endroit ! Ce triste événement ne manqua pas de faire ressurgir les nombreux débats de cette spéciale.

Bilan :

Aujourd'hui, alors que le passé de cette spéciale est fabuleux, son avenir semble un peu en danger au vu des règles qu'adopte année après année la FIA, tuant progressivement ce sport. Il est donc l'heure de faire un bilan sur cette spéciales. Tout d'abord, il est incontestable que le Turini est devenu dès ses premières éditions un monument du rallye, une pièce irremplaçable du Rallye de Monte Carlo. Des malheurs, des exploits, une popularité hors pairs et une ambiance de folie sur les pentes du Col de Turini, tels sont les éléments qui ont fait du Turini ce qu'il est devenu aujourd'hui ! Du point de vue de la popularité justement, le bilan est moins réjouissant : depuis que la "Nuit du Turini" a disparu, les fans sont de moins en moins nombreux à venir sur ce tracé et en particulier derrière les barrières du col. Pourquoi ? Premièrement à cause de la FIA qui oblige l'ACM de concentrer le parcours dans le 06 en imposant la tenue d'un parc d'assistance unique durant tout le rallye : du coup, il a fallu trouver des spéciales plus proches de la principauté ce qui a pour conséquence de boucher les accès. Deuxièmement, le fait que ce sport se professionnalise et se politise le rend moins accessible à beaucoup, l'ambiance régnant au bord des routes n'est plus la même, l'engouement a baissé et surtout les pilotes assurent plus, tellement pressés par des sponsors gourmands qui ne tolèrent que la victoire, au détriment du spectacle. Face à cela, l'ACM essaye de concentrer les spectateurs qui s'y rendent autour du col, avec pour méthode principale d'empêcher ces derniers de "s'enfermer" dans la spéciale en la fermant la veille à 18h et en y faisant roder des forces de l'ordre intransigeantes. Résultat : la spéciale est vide ! Et dire qu'il y a encore une dizaine d'années ils étaient des milliers à se ruer au col à minuit ! Qui aurait cru que le Monte Carlo deviendrait ainsi ? Peut-on encore profiter du spectacle en étant contrôlés à ce point ? Au rythme auquel vont les choses, bientôt ce rallye sera payant (comme le sont déjà ceux de Finlande, Angleterre, Allemagne ou Sardaigne) et le parcours se rapprochera de plus en plus du Grand Prix de F1 ! Espérons que l'ACM saura réagir à temps... mais cela fait peur ! Revenons-en au Turini et à son histoire. Pour ce qui est du tracé, "Moulinet-La Bollène" a largement dominé : dès les premières éditions c'est entre ces deux villages que se courait cette spéciale, et ce n'est qu'en 1999 que Sospel-La Bollène s'est imposé. Hormis cela, il y eu quelques éditions passant pas Lucéram ou Peira Cava mais très rarement. Enfin, et pour finir sur un point plus positif, on peut être satisfaits que malgré la maladie que connaît le rallye en ce moment, le Turini reste bien ancré dans le WRC et réserve toujours de beaux rebondissements aux courageux qui l'affrontent. Le Turini nous fera-t-il encore vibrer longtemps ? L'avenir nous le dira... en attendant, croisons les doigts...

Article écrit en 2005.